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Le scandale Fotolia

Par Antoine Devouard le mar 31/5/11 - 11:35

Les difficultés des journalistes photo reporters sont souvent difficiles à cerner. Quelques exceptions existent cependant. Ainsi l’ACSEL (Association de l’économie numérique) vient de récompenser Fotolia d’un Prix qui torpille littéralement le journalisme et les photographes.

Fotolia, banque d’images leader en Europe sur le marché des microstocks, a reçu le 30/03/2011 le Prix de l’ACSEL (Association de l’économie numérique) dans la catégorie Pure Player. Au terme d’une cérémonie animée par Pierre Kosciusko-Morizet (Président de l’ACSEL) et en présence du Ministre chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, Eric Besson, Fotolia a donc été élue entreprise Web la plus innovante de l’année. »

Guillaume Le Bleis directeur France de Fotolia enfonce le clou de la démagogie.

« Les acheteurs sont donc plus nombreux, les achats plus fréquents, assurant ainsi aux auteurs des revenus toujours plus importants »

Pour l’équivalent d’un SMIC il faudrait donc vendre 2 à 3000 photos par mois… C’est d’autant plus stupide que la production d’un photographe est déjà largement inférieure. Ces tarifs procurent tout au plus quelques dizaines d’euros à ceux qui les acceptent. Prétendre alors que “les revenus seront toujours plus importants” est simplement grotesque et mensonger.

Une autre perle relevée dans le communiqué :«En développant une place de marché en ligne au sein de laquelle les acheteurs peuvent acquérir des images libres de droits à des prix abordables et les contributeurs générer des revenus conséquents grâce aux volumes de ventes, Fotolia a bousculé le secteur des banques d’images, mais pas seulement. La société a réussi à « assainir » le marché en apportant une réponse adaptée aux besoins des entreprises et des créateurs de contenus grâce à un modèle économique alternatif dont la cohérence a visiblement séduit les membres du jury de l’ASCEL qui ont vu en Fotolia le Pure Player le plus innovant de l’année »

Les revenus des contributeurs sont en réalité très faibles (quelques euros). L'affirmer est un mensonge éhonté. Et que Fotolia se targue d’assainir le marché est le comble du cynisme. La seule cohérence de ce modèle économique est la négation du journalisme. Il ne faut pas surtout pas s’y tromper.

Cette récompense est indécente et particulièrement inique. Il s’agit véritablement d’un Prix obscène qui accable l'avenir du journalisme.