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Les relations entre rédactions et pigistes

Par Emilie Gillet le mer 28/9/16 - 10:42

Compte-rendu de la table ronde « Les relations entre rédactions et pigistes » organisée par l’AJSPI à la Cité des Sciences le 26 septembre.

Étaient présents :

  • Dominique Leglu (directrice de la rédaction de Sciences & Avenir)
  • Olivier Voizeux (rédacteur en chef des hors-séries de Sciences & Vie Junior)
  • Olivier Boulanger (rédacteur en chef adjoint à Sciences Actualités)
  • Hervé Morin (responsable du service planète-science au Monde)
  • Sophie Coisne (rédactrice en chef de La Recherche)

Le débat était modéré par Cécile Michaut, journaliste pigiste membre de l’AJSPI. Dans la salle, une petite dizaine de pigistes seulement, et sur Skype (retransmission en vidéo live du débat), jusqu’à une vingtaine de personnes connectées. L’adresse Skype pour suivre le débat a été envoyée par mail et postée sur le groupe Facebook de l’AJSPI quelques minutes avant le lancement du débat.

1. Présentation de chaque support et des tarifs pratiqués

Olivier Boulanger (rédacteur en chef adjoint à Sciences Actualités – Cité des Sciences) :

Deux supports : Le web, texte et multimédia (interviews en vidéo de quelques minutes, photos…) : enquête ou reportage payés 570 € brut en CDD ; salle d’expos, principalement sous forme de textes, 15zaine de panneaux avec images légendées, infographies… environ 12 à 16 000 signes, payés 850 € brut en CDD. On prête le matériel (photo, prise de son…) et on forme les pigistes à les utiliser (+montage).

Dominique Leglu (directrice de la rédaction de Sciences & Avenir) :

Tarif officiel de 75 € brut en salaire le feuillet pour tous les supports (web, mensuel, hors-série), mais en réalité souvent payés au forfait en fonction du travail d’enquête, et parce que l’on sait que les papiers les plus courts sont parfois les plus difficiles à écrire. 5 pigistes réguliers qui touchent un forfait fixe, pour leur travail de veille. Ils assistent aux conf de rédac, et rédigent beaucoup d’actus ou de rubriques régulières. Plus de nombreux pigistes (une 20taine chaque mois) plus ou moins réguliers qui font des actus ou des longs papiers. Sur la base de leur proposition, ou bien des sujets qu’on leur commande parce qu’on n’a pas le temps de les faire en interne.

Olivier Voizeux (rédacteur en chef des hors-séries de Sciences & Vie Junior) :

Le hors-série est thématique et sort tous les deux mois, écrit à 80 % par des pigistes, car nous sommes une toute petite équipe. Uniquement sur commande que nous passons, car c’est moi qui définis tout le sommaire de chaque n°. Payé 95 € brut le feuillet en salaire, papiers de 3 à 15-20 feuillets. Quand le papier a demandé beaucoup d’enquête et/ou de temps de travail, je peux monter à 100 € brut le feuillet.

Sophie Coisne (rédactrice en chef de La Recherche) :

Deux tarifs : 80 € brut en salaire le feuillet pour les juniors, moins de 5 ans d’ancienneté de carte de presse, et 100 € brut le feuillet pour les seniors, plus de 5 ans de CP. Mais on est flexible, et certains passent rapidement au tarif senior si le pigiste fait un travail de qualité.

Hervé Morin (responsable du service planète-science au Monde) :

65 € brut le feuillet plus prime d’ancienneté. C’est un tarif très faible, j’en ai conscience et je n’ai qu’une marge de manœuvre très faible.

2. De quand date la dernière augmentation de tarif ?

Aucun rédac chef ne s’en souvient ! Dominique Leglu évoque même une baisse de tarif ces 10 dernières années. Olivier Voizeux précise que les directions se moquent complètement des tarifs auxquels sont payés les pigistes… Sophie Coisne explique que tous les mois, sa direction lui demande de payer certains sur facture et qu’elle se bat contre ça.

3. Comment travaillent-ils avec les pigistes ?

Sophie Coisne (rédactrice en chef de La Recherche) :

On a une sorte de protocole avec les nouveaux pigistes que l’on teste d’abord sur des grosses brèves pendant 2 ou 3 mois. Si cela convient, on les lance après sur des 4 pages.

Dominique Leglu (directrice de la rédaction de Sciences & Avenir) :

On a des pigistes réguliers et des gens avec qui on travaille en « one shot », avec des timing très variables. Parfois on a besoin d’un pigiste avec une compétence très précise à un moment particulier. Mais évidemment on préfère les relations pérennes.

Olivier Voizeux (rédacteur en chef des hors-séries de Sciences & Vie Junior) :

Chez nous c’est particulier, car n° thématiques avec des sujets très différents. On s’adresse à un public jeune, on fait de l’« éduc-tainment ». On insiste beaucoup sur la qualité d’écriture, la mise en scène de l’information. J’ai besoin de pigistes capables de ça. C’est toujours moi qui choisis quel sujet je confie à quel pigiste.

Hervé Morin (responsable du service planète-science au Monde) :

On ne prend des pigistes que pour le cahier science, pas pour le quotidien ni le web. J’ai toujours besoin des pigistes, sans eux ce serait impossible ! On a des pigistes réguliers, des piliers, surtout pour l’actu, et d’autres moins réguliers. Certains ne font qu’un ou deux papiers avec des angles très originaux et ne reviennent plus nous voir.

4. Comment initier une nouvelle collaboration ?

Pour la plupart, le parcours classique c’est un stage d’abord puis des piges ensuite. Car le stage permet de faire connaissance avec les équipes, le support, la ligne éditoriale. Tous parlent de leurs pigistes réguliers, mais précisent qu’ils restent ouverts à de nouvelles propositions.

Leurs conseils pour les contacter : commencer par un mail, quelques lignes de présentation (parcours, formation, expérience…) et deux ou trois propositions de sujets en quelques lignes à chaque fois, et le CV en pièce jointe. Ne pas hésiter ensuite à relancer par mail et par téléphone.

Même si les idées de sujets ne sont pas retenues, les CV sont conservés, pour une éventuelle collaboration future. Parfois les pigistes réguliers ne peuvent pas répondre à une commande, ou il y a suractivité (en général un peu avant les vacances), et on a besoin de renfort à ce moment-là.

Sophie Coisne (rédactrice en chef de La Recherche) :

J’ai besoin de pigistes hyper pointus, je classe les CV que je reçois par spécialité (neurosciences, astrophysique, maths…) et je ne fait appel à eux que dans leur spécialité. Car en général, les délais sur les papiers d’actus sont très court (une semaine).

Olivier Voizeux (rédacteur en chef des hors-séries de Sciences & Vie Junior) :

Il faut nous rassurer, nous montrer que vous avez le bagage nécessaire pour travailler avec nous, montrer des échantillons (pour les jeunes pigistes, cela peut être des travaux d’école, un blog…) Le mieux c’est de cibler les journaux avec lesquels vous voulez vraiment travailler, avec des mails adaptés à chacun, plutôt que le même mail avec les mêmes idées de papiers à 6 journaux très différents !

Dominique Leglu (directrice de la rédaction de Sciences & Avenir) :

Il faut nous montrer que vous avez des bonnes idées et les compétences pour les traiter ! Rien de pire qu’un pigiste qui vient avec un super sujet, mais qui le massacre…

5. C’est quoi un bon pigiste ?

  • Quelqu’un avec qui on travaille en confiance : qui respecte les délais et le calibrage bien sûr, mais aussi qui vérifie ses infos, qui creuse et fait preuve de pugnacité, derrière qui on n’est pas obligé de repasser.
  • Quelqu’un qui ne fait pas d’effet de style, qui écrit sobrement et accepte que l’on retravaille son papier (sauf pour Olivier Voizeux, où le travail d’écriture et de narration est très important !)
  • L’important c’est le fond du papier, la qualité du travail d’enquête, car la forme, l’écriture, on peut toujours la retravailler. Même si les équipes internes sont de plus en plus petites et que l’on a de moins en moins de temps pour ça…

Tous insistent sur le fait qu’il est primordial que le pigiste s’imprègne d’un journal avant de prendre contact, connaisse la ligne éditoriale, le sommaire des derniers numéros (histoire de ne pas proposer un sujet récemment traité). Le pigiste doit aussi savoir dire ce qu’il est capable ou pas de faire, de prévenir sa rédaction quand il a un problème. De tenir au courant s’il doit s’absenter pendant la période où son papier sera relu et mis en page. La confiance est essentielle.

6. Et si le pigiste travaille pour la concurrence, ça vous gène ?

Globalement non, même si les rédacs chefs préfèrent que cela ne soit pas avec des titres directement concurrents (bosser pour la Recherche et Science & Vie Junior oui, mais pour La Recherche et Pour la Science, en même temps, c’est délicat…)

Ce qui les gène le plus, c’est quand un pigiste travaille dans la com’ avec des conflits d’intérêt (par exemple écrire pour le magazine d’un labo pharmaceutique et proposer ensuite un papier sur les antibios…) Quand c’est le cas, les pigistes doivent le dire, doivent être capable de ne pas traiter un sujet si cela les met en situation risquée.

Attention à la « revente » de papier. Ils ne sont pas contre, mais insistent sur le besoin d’être au courant, et surtout de ne pas se faire refiler le même papier qu’un autre titre, même non concurrent : si vous voulez recycler un sujet, variez les angles, les formes de traitement, les longueurs.

Conseils en vrac des rédacs chefs aux pigistes :

  • Passez dans les rédactions que vous connaissez, venez faire coucou ! Rappelez nous que vous existez même si la collaboration n’est pas toujours très régulière.
  • Imprégniez vous bien d’un titre avant de le contacter pour la 1ère fois et de proposer des sujets. Faites un mail et relancez ensuite par téléphone, n’hésitez pas à relancer tant que vous n’avez pas de réponse.
  • Donnez nous confiance : dialoguez, prévenez quand vous avez des problèmes au cours d’une enquête, ou des soucis pour tenir un délai. Les équipes en interne sont de plus en plus réduites, nous avons besoin des pigistes pour fonctionner, mais nous n’avons plus le temps ni les moyens de prendre des risques, donc on a besoin absolument d’être rassurés par les pigistes avec qui on travaille.
  • Un sujet peut être bon de plein de façons différentes, par son angle, par la façon de traiter le thème, et pas uniquement par le sujet en lui-même. Une actu, ce n’est pas seulement une publication scientifique, cela peut-être un thème dans l’air du temps, mais traité sous l’angle scientifique, cela peut-être les coulisses de la recherche (des travaux en cours)…
  • Identifiez les titres avec lesquels vous avez vraiment envie de bosser, qui vous correspondent, et faites des propositions ciblées. Plutôt que de ratisser large et de vous retrouvez au mauvais endroit. Quand on n’est pas à l’aise avec un support, on travaille mal.  

Les relations entre rédactions et pigistes

Lundi 26 Septembre 2016
18:00 - 20:30
Cité des sciences et de l’Industrie Paris