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Rencontre avec Jean-François Rocchi, PDG du BRGM

Par Sylvestre Huet le lun 18/2/13 - 17:54

L'AJSPI a fait parvenir deux courriers à Mme Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche protestant contre les pratiques du BRGM dans ses relations avec les journalistes (à lire sur le site web de l'AJSPI). A la suite de cette démarche, le ministère a demandé au PDG du BRGM de recevoir une délégation du bureau de l'AJSPI. Cette rencontre s'est déroulée le jeudi 14 février de 10h30 à 11h45 au siège du BRGM.

Y participaient :

  • pour le BRGM, son PDG Jean-François Rocchi et son directeur de la communication Pierre Vassal ;
  • pour l'AJSPI, Sylvestre Huet, Cécile Michaut, Viviane Thivent, Antoine Devouard et Paul Wagner.

La réunion a commencé par une déclaration de Sylvestre Huet pour l'AJSPI, reproduite ci-dessous :

Cette rencontre se tient à la demande de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, Mme Fioraso, à la suite des courriers que l'AJSPI lui a envoyé. Ils relataient les difficultés que les journalistes spécialisés en sciences rencontrent pour faire leur travail avec le BRGM.

Les faits sont établis. Ils montrent que la direction du BRGM souhaite entraver les relations directes entre ses scientifiques et ingénieurs avec les journalistes afin de les contrôler. Le BRGM passe par une agence de communication totalement étrangère à la culture du débat public et de la transparence inhérentes à la recherche publique. Voire refuse toute interaction avec eux, comme lorsque le BRGM a refusé de participer à un petit déjeuner sur le thème des gaz de schistes organisé par l'AJSPI.

Cette attitude est d'autant plus regrettable que le BRGM conduit son activité sur des sujets qui intéressent l'opinion et le débat publics. Qu'il s'agisse de l'exploitation de ressources minières ou gazières, de la surveillance de l'eau, des risques naturels, de la surveillance des anciens sites industriels pollués ou des mines après leur exploitation... ces sujets concernent les citoyens car ils peuvent impacter leur emploi ou leur santé, et participent de choix de société.

Dans ces conditions, le BRGM ne peut se réfugier derrière un soit-disant devoir de réserve ou d'un refus de participer à des polémiques publiques. Cette attitude n'est plus acceptée dans notre société, de même que celle qui consiste à assimiler toute prise de parole publique d'un ingénieur ou d'un scientifique travaillant au BRGM à celle de l'institution, comme s'il était possible que, sur de pareils sujets, il n'y ait aucune divergence d'analyse et d'opinion entre spécialistes. Les opérations où le BRGM travaille avec des sociétés privées font bien évidemment partie de ces sujets, surtout lorsque, comme c'était le cas pour l'affaire de Florange, des crédits publics sont consommés dans l'opération.

Il faut noter que cette pratique met le BRGM en situation d'exception parmi non seulement les organismes de recherche public, mais également parmi les EPIC. Cela fait longtemps que la liberté de parole des scientifiques, et la reconnaissance de la pluralité des opinions et des propos est reconnue non seulement au Cnrs et à l'Inserm, mais également au CEA ou à l'Ifremer qui sont des EPIC. L'accès direct et sans contrôle est courant pour les journalistes, dans le respect des contraintes de travail des scientifiques. Les services de communication le favorisent en diffusant largement aux journalistes spécialisés en sciences les téléphones ou courriels des scientifiques, quand ces derniers ne sont pas tout simplement sur le site web du laboratoire.

Que comptez-vous faire pour remédier à cette situation ?

La discussion qui a suivi a duré plus d'une heure.

Elle fut parfois assez vive, car le PDG du BRGM n'est pas enclin à reconnaître que les problèmes soulevés existent, affirmant que le BRGM répond à toutes les sollicitations des journalistes. Un discours tenu également dans un droit de réponse envoyé au Monde après l'article de notre collègue Stéphane Foucart que le PDG nous a communiqué en affirmant qu'il avait “le soutien du ministère”. D'autre part le PDG du BRGM nous a reproché d'avoir porté le sujet au niveau du ministère au lieu de tenter de le régler par un contact direct. Enfin, il a prétendu que les contraintes pèsent sur le BRGM et rendent obligatoire le contrôle des relations avec les journalistes et le fait que les chercheurs du BRGM – présentés comme différents des universitaires ou chercheurs du Cnrs de ce point de vue – rendent compte, voire demandent l'autorisation de la direction avant de répondre aux questions des journalistes. Il y a là un constat de désaccord.

Toutefois, le PDG du BRGM a de facto reconnu l'existence des problèmes pointés par l'AJSPI puisqu'il a avancé l'idée d'embaucher un attaché de presse, afin de rétablir des contacts directs entre journalistes et le BRGM, et a curieusement proposé d'intaurer un “téléphone rouge” entre le président de l'AJSPI et lui pour trouver des solutions aux problèmes futurs. Dans l'immédiat, il n'a pas été convenu que les demandes des journalistes ne transitent plus par l'agence de communication Hill and Knowlton. Peut-être ce point pourrait-il évoluer, puisque le BRGM dispose d'un directeur de la communication, Pierre Vassal. Nous avons également évoqué l'idée d'organiser des petits déjeuners sur les sujets traités par le BRGM et des visites de laboratoires à Orléans.

J'invite les collègues à faire part au bureau de l'AJPI de tout incident relatif à vos relations avec les organismes de recherche, afin de favoriser notre action pour le meilleur accès à l'information.

Rencontre avec Jean-François Rocchi, PDG du BRGM

Jeudi 14 Février 2013 10:30