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Voyage d’étude au Maroc

Par Lise Barnéoud le jeu 20/3/14 - 13:49

Partis dimanche 1er décembre 2013 depuis Paris, 10 journalistes en activité, membres de l’Association des Journalistes Scientifiques de la Presse et de l’Information (AJSPI), ont passé une semaine au Maroc dans le cadre d’un voyage d’étude. Le groupe comprenait 4 journalistes en poste, 5 journalistes indépendants et 1 photographe d’agence.

Lundi matin – Visite de l’IRESEN, l’Institut de recherche en énergie solaire et en énergies nouvelles, à Rabat

A la fois centre de recherche et agence de moyens, l’Institut de recherche en énergie solaire et en énergies nouvelles (l’Iresen) finance des projets de recherche consacrés aux énergies renouvelables. Créé il y a deux ans, il dispose d’un budget propre (75 millions de DH) qui lui permet de financer rapidement des projets de recherche. Un détail qui n’en est pas un car au Maroc, il n’est pas rare que quatre ans s’écoulent entre le moment où le chercheur apprend qu’il est financé et celui où il touche effectivement l’argent. De quoi décourager nombre de scientifiques marocains. Les appels d’offre de l’Iresen ont d’ores et déjà permis de financer 24 projets innovants, éoliens ou solaires, adaptés aux climats chauds et abrasifs du Maroc. Exemples parmi d’autres, des batteries Lithium/ion qui ne chauffent pas, le stockage d’énergie par la cire, ou encore le projet CSP d’Aït Baha, un dispositif en béton unique en son genre, actuellement en test à proximité d’Agadir, et qui pourrait permettre de produire de l’énergie solaire à moindre coût. A noter que d’ici 1 an, l’Iresen s’installera dans la ville verte de Ben Guerir.

Contacts: M. Badr Ikken, directeur général, ikken@iresen.ma

Lundi après-midi – Rencontre avec Lahcen Daoudi, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres

Pour Lahcen Daoudi, la modernisation du pays ne peut se faire sans l’université. Et la stratégie envisagée est de faire du Maroc un « hub universitaire », avec en ligne de mire trois points essentiels : formation, recherche scientifique, et valorisation de la recherche. 52 000 étudiants poursuivent leurs études à l’étranger. Il est essentiel que les étudiants puissent se former directement au Maroc. Il faut pour cela relancer de grandes filières, quitte à faire venir ici de grandes écoles internationales. Ce chantier est déjà en cours : l’école Centrale s’installe à Casablanca, l’INSA à Fez, l’école des Mines, et même le MIT à Ben Guerir. L’idée est aussi d’ouvrir ces formations aux étudiants africains. Pour la première fois, 500 millions de dirhams (environ 50 millions d’euros) ont été mobilisés pour relancer la recherche. Les thématiques — choisies par le ministère — sont variées, allant de la recherche pharmaceutique aux sciences humaines. Au-delà de ces futurs investissements, le Maroc compte mettre à profit ses ressources naturelles, et en premier lieu, ses mines de phosphates, les plus importantes au monde. Objectif pour 2030 : détenir au minimum 50 % des brevets mondiaux touchant à l’exploitation et à la transformation du phosphate. Le Maroc possède d’autres richesses minières encore sous-exploitées : des terres rares, du lithium, des schistes bitumineux… Enfin, le pays possède de l’énergie solaire en grande quantité. Plusieurs centrales voient aujourd’hui le jour à travers le pays, parfois en recourant à des formules low cost.

Mardi matin – Visite de l’INRH, l’Institut National de Recherche Halieutique à Casablanca

Marée basse sur la côte atlantique du Maroc, pas loin de la ville de Casablanca : Fatima Zhora Bouthir, chef du Laboratoire de chimie de l’Institut National de Recherche Halieutique, et son équipe collectent des échantillons de l’eau de mer, des moules et des oursins. Ils sont impliqués dans un programme de recherche d’envergure : EPURE, pour Éléments trace métalliques, Pollution, Upwelling et Ressources. Financé par l’Agence Nationale de la Recherche (France) de Janvier 2012 à Décembre 2015, ce projet vise à étudier les interactions entre le milieu marin et les activités humaines dans le contexte du changement climatique. Le réchauffement mesuré sur les côtes et au large du Maroc est plus important que les prévisions du GIEC pour cette région. En outre, les vents ont tendances à augmenter. Autant de modification qui pourrait affecter le phénomène d’upwelling, à l’origine des eaux particulièrement riches des côtes océaniques marocaines. Reste à savoir si ces eaux deviendront plus riches ou moins riches… Autre interrogation : l’origine du cadmium qui se trouve en concentration importante dans les eaux du Sud du pays. Il pourrait venir des activités anthropiques mais les chercheurs semblent pour l’heure privilégier une origine naturelle.

Contact : Mme Souad Kifani, Secrétaire Générale de l'INRH, souad.kifani@gmail.com

Mardi après-midi – Les vendeurs de fossiles de Khouribga

Le sol de la région de Khouribga contient non seulement du phosphate, dont le Maroc est le troisième exportateur mondial, mais aussi une grande quantité de fossiles qui datent de la crise Crétacé-Tertiaire. Les fossiles mis à jour près des gisements de phosphate exploités par l’OCP (Office chérifien des phosphates) intéressent beaucoup les chercheurs et les collectionneurs. Tant et si bien que de nombreux agriculteurs locaux se sont transformés en fouilleurs et revendeurs. Un véritable marché s’est mis en place. Environ 300 familles vivent aujourd’hui du métier de fouilleurs. L’OCP leur achète parfois des fossiles intéressants pour la recherche et les conservent, permettant aux chercheurs d’étudier des spécimens qu’ils n’ont pas les moyens d’acquérir.

Mercredi – Visite de la mine de phosphates de Khouribga et de ses gisements fossiles

Le site d’Ouled Abdoun présente un intérêt paléontologique majeur car il couvre une longue période, du Maastrichtien (il y a 72 millions d’années) à la fin de l’Ypresien (46 m.a), bien plus que d’autres bassins en Jordanie, Syrie ou Egypte. Quelques 333 espèces fossiles y ont été identifiées à ce jour, essentiellement des Célacés. On peut y lire la crise du Crétacé-Tertiaire, avec la disparition des dinosaures. Les paléontologues du Muséum National d’Histoire Naturelle qui nous accompagnent nous présentent leurs travaux. Puis nous partons sur un site d’extraction avec les responsables et des techniciens de l’OCP. Pendant le trajet, nous longeons le tapis roulant qui transporte les phosphates vers le site de transformation. En fouillant très légèrement la couche de surface, on constate l’abondance de fossiles : dents de requin, bouts d’os, coprolithes… Nous rentrons sur Khouribga pour la visite du musée de la mine, qui abrite des maquettes et miniatures sur le processus d’extraction des phosphates, mais aussi une collection de fossiles trouvés sur le site.

Contacts:

Jeudi – L’eau au Maroc

Le Maroc est un pays en stress hydrique permanent. Le bassin du Tensift, où se trouve Marrakech, consomme ainsi plus d’eau que ses réserves disponibles, malgré le transfert d’eau depuis un bassin voisin. Conséquence : une baisse de 1 à 3 mètres du niveau moyen des nappes d’eau souterraine. Problème : avec le réchauffement climatique et les moindres accumulations de neige, les ressources en eau vont aller en diminuant. Parallèlement, la population ne cesse d’augmenter, tout comme le nombre d’hectares irrigués. Le laboratoire mixte international TREMA, pour « Télédétection et ressources en eau en Méditerranée semi-aride », dans lequel intervient l’Institut de Recherche pour le Développement, vise à mieux comprendre le fonctionnement hydrologique du bassin du Tensift, mais aussi à mieux gérer l’utilisation de l’eau pour l’agriculture.

Contact : Lionel Jarland, coordinateur du laboratoire mixte international TREMA, lionel.jarlan@cesbio.cnes.fr

Vendredi - Journée ethnologie, l’apiculture, l’argan et le brouillard…

Nous passons la journée du vendredi autour de l’oasis de Tighert en compagnie de Romain Simenel, ethnologue à l’IRD. Nous aborderons en premier lieu l’apiculture. Bordée par l’atlantique, la région produit une des plus grandes diversités de miel de l’Afrique du Nord, miels d’arganier, de jujubier, de chardon, d’euphorbe, de thym... chacun avec un goût particulier et des qualités médicinales différentes. L’apiculture marocaine se distingue par une grande variété de ruches, ce qui leur permet peut-être de ne pas trop souffrir du syndrome d’effondrement des abeilles. L’ethnologue nous parle ensuite de l’argan et des forêts d’arganiers, qui contrairement à l’image véhiculée n’est pas une forêt sauvage mais bien une forêt domestiquée par l’homme. Sans ce travail humain, l’arganier ne serait qu’un buisson peu productif. Enfin, nous évoquons l’installation récente de filets à brouillard qui récoltent jusqu’à 100L/m² de filet et par jour, un record.

Contact : Romain Simenel, ethnologue à l’IRD: romain.simenel@ird.fr

Voyage d’étude au Maroc

Dimanche 1 Décembre 2013 (Jour entier) - Samedi 7 Décembre 2013 (Jour entier)
Rabat