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Paris Idaho Explosion biodiversité / Plus d'info

Par Christian Guyard le mer 15/2/17 - 12:33

Bonjour,

Vous avez sans doute reçu le communiqué CNRS à propos du gisement de fossiles de Paris/ Idaho. Comme je connais Gilles Escarguel (CNRS) je lui ai demandé si ce type de gisement était rare et pourquoi on n'avait pas parlé de cela avant.

Voici sa réponse:

Question pas si "bateau" que ça ! Et qui nous est souvent posée, sous différentes formes... Les couches géologiques dans lesquelles on a trouvé ce gisement paléontologique ne courent pas les rues, mais sont quand même assez présentes à la surface du Globe (USA, Groenland, Spitzberg, Sibérie, Chine du Sud, Australie, Tibet, Oman, Kashmire, Italie, entre autres...). Le problème est qu'elles sont en règle générale très pauvres en fossiles -- d'où ce scénario classique de rediversification post-crise très tardive (pas avant 5 à 10 millions d'années après la fin de la crise). Un gisement comme celui que nous avons découvert questionne cette interprétation et en suggère une autre, à notre sens de plus en plus probable : si la plupart des gisements de cette époque sont très pauvres en fossiles, ce n'est pas parce que la biodiversité était faible à cette époque, mais parce que les êtres vivants ont très mal fossilisés durant les 5-10 millions d'années post-crise, pour des raisons de conditions physico-chimiques de l'Océan complètement anormales et peu favorables à la fossilisation -- cette période est bien connue des paléontologues comme étant une des pires périodes de l'histoire de la vie pour faire de la paléontologie de terrain : les fossiles y sont notoirement rares et très moches, car mal conservés... De fait, même si plusieurs dizaines de paléontologues aujourd'hui dans le monde travaillent sur cette période, très peu d'entre eux vont sur le terrain pour y chercher des fossiles -- trop difficile ; pas assez "rentable"... Le secteur dans lequel on a trouvé le gisement de Paris est connu des géologues et paléontologues américain depuis plus d'un siècle. Mais personne encore n'avait vu ce gisement qui -- une fois qu'on l'a vu -- crève pourtant les yeux ! C'est souvent comme ça que se passent les découvertes de nouveaux gisements paléontologiques...

Reste maintenant à évaluer à quel point une biodiversité comme celle que nous avons trouvé à Paris est la règle ou l'exception pour cette période post-crise -- ce sera la prochaine étape !

Quelques ITW et articles de presse déjà dans le tuyau, en effet -- Le Progrès, L'Humanité (Dimanche prochain), Le Figaro, Radio Canada... L'AFP et Reuters doivent diffuser une dépêche -- ça devrait logiquement faire tâche d'huile...

Cordialement,

Gilles.